jeudi 28 janvier 2016

TALKIE-WALKIE, de Raphaël Buisson

Titre : TALKIE-WALKIE

Auteur : Raphaël BUISSON

Thème : AMOUR

J'ai toujours entretenu un rapport compliqué avec la technologie et les moyens de communication modernes. Je suis devant eux comme une poule devant un peigne, à la fois fasciné et interdit. Pourtant, c'est grâce à eux que je peux échanger avec vous aujourd'hui - mieux même : c'est grâce à eux que mes parents se rencontrèrent.

C'était au début des années 70. Âgée d'une vingtaine d'années, ma mère élevait seule sa fille, après avoir interrompu sa scolarité pour aider ses parents à la ferme. Mon père, un an de moins qu'elle, était "l'artiste" de sa famille, doué pour la guitare et le dessin, rêvant d'intégrer les Beaux-Arts, ce que ses parents refusaient, craignant qu'il finisse clochard - il entra donc à l'usine pour devenir tourneur-fraiseur.

C'est Jean, le plus âgé des deux frères de ma mère, qui allait, sans le vouloir, provoquer leur rencontre. Mon père venait de s'acheter une paire de talkie-walkie, cet ancêtre du téléphone mobile. A Vollore-ville, mon père était chez ses parents avec le premier émetteur-récepteur, tandis qu'à une dizaine de kilomètres plus bas, à Courpière, mon oncle avait le second.

Jean était déjà un farceur et voulut jouer un tour à son ami : il confia son talkie-walkie à ma mère pendant qu'il gagnait Vollore-ville pour y surprendre mon père. Ce dernier, d'abord étonné d'entendre une voix féminine lui répondre, décida, pour savoir à qui il parlait vraiment, de redescendre à Courpière, croisant sans faire attention mon oncle qui faisait donc le chemin inverse.

La suite est simple à deviner : Jean débarqua chez mes grands-parents paternels étonnés tandis que mon père découvrit ma mère, tous deux amusés. Ils sympathisèrent rapidement et quelques mois après s'installaient ensemble dans un modeste meublé avec ma soeur. Ma grand-mère paternelle, élevée par de strictes religieuses, toléra longtemps avec difficulté le fait que son fils préféré choisisse pour compagne une fille divorcée et déjà mère, mais ce fut la seule que cette situation gêna. Et son courroux s'apaisa quand je naquis en 1973, alors que mes parents se posèrent à Thiers où mon père fut engagé dans une petite entreprise où il travailla jusqu'à son décès en 1997.

Quant à moi, lorsque je revois mon oncle Jean, je me souviens toujours que si je suis là, c'est grâce à sa malice. Et à la paire de talkie-walkie que mon père testa avec lui.  

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