mardi 23 février 2016

IN THE END, de Eddy Vanleffe

Titre : IN THE END

Auteur : Eddy Vanleffe 


Il est temps à présent de se dire au revoir. 
Tu es parti, au paradis, en enfer, enfin où tu voudras bien aller. En vélo sans doute.

De mémoire, je t'ai toujours détesté, enfin pour être plus exact, j'ai toujours détesté ton personnage et ce qu'il avait fait à ma famille. Absent, pour cause de ne pas être encore né, je n'ai pu que constater le carnage et la cicatrice. Et cette sorte de condamnation de leur âme à l'apathie. Quelque chose avait brisé leur ego et attisé un feu de colère inextinguible avant même que j'e n'en ais conscience. 
Moi, j'ai vécu bien, cool, sans me rendre compte de l'anomalie. Celle-ci me fut crachée au visage à l'école, qui est la boite de pétri de la société humaine, dans toute sa veulerie et sa méchanceté brute, pas encore policé par le vernis sucré de l'hypocrisie.

-T'as pas de père! Se moquèrent rapidement les cloportes autour de moi.

-J'ai vu ta mère en compagnie tout à l'heure. Apparemment t'en as plusieurs, tu m'en prêtes un? 

On est bien obligé de répliquer non? 

Pour ma part ma seule croix, c'était un nom. Ton nom. Mon frère s'est même mis en tête d'accoler celui de maman sur sa carte d'identité, devenant ainsi un véritable exercice de rééducation d'orthophonie ambulant. A quoi bon franchement? Adolescent, j'avais un plan bien plus étudié: Ne pas me marier, ne pas reconnaître mes enfants pour qu'ils portent le nom de leur mère et faire disparaître cette tâche qui faisait désordre sur mon CV.
Et puis j'ai oublié, je me suis passionné pour la bande dessinée, les humoristes et les musiciens: ben ouais j'étais adolescent: à cet âge là, il faut être malade pour vouloir être malheureux. Rencontres, amitiés, toutes importantes jusqu'à LA rencontre. 
Le jour où le pantin de bois devient vraiment un être vivant au contact de sa fée bleue. Je n'avais pas eu de Gepetto? Bof! Je n'avais pas eu de fils non plus...
La vie, c'est plus simple qu'on veut bien l'admettre: Quand on peut pas faire avec, et bien on fait sans. C'est tout. 
A cette période, tu m'as appelé. Deux fois. Pour demander pardon et puis pour demander si tu devais arrêter d'envoyer la pension alimentaire. Ouais c'est vrai tiens... Ben non en fait, je viens de trouver du boulot...
un instant je me souvins du surnom que tu nous donnais à moi et mon frangin: les manicraques-blues... 
Je n'ai jamais pigé jusqu'à ce qu'on m'explique: On faisait chanter le blues de ton manicraque (distributeur à pièces en chtimi). 
J'ai bien rigolé et j'ai admiré cette forme d'esprit... un peu salaud mais franchement marrant!
Depuis, la fée bleue m'a donné une fée verte qui me rend à moitié fou... et dès l'instant où cet être s'est battu pour avoir sa première respiration, toutes les conneries, toutes les colères s'évanouirent à jamais et ce nom devint le mien. Et il fut hors de question de ne pas le donner à mon tour. 
Tu vois, un jour tu m'as demandé pardon, mais de quoi? Qu'y a-t-il à pardonner? D'autres m'ont aidé à tenir debout sur mes jambes. Tout va bien. Pour toi aussi j'espère finalement. C'est un peu tard pour s'en soucier de toute façon. 
Aujourd'hui je suis comme je suis et tu n' y es pour rien.
Tu n'y a jamais été pour quoi que ce soit.

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