lundi 7 mars 2016

A L'ETAGE, de Nopoman

Titre : A L'ETAGE

Auteur : NOPOMAN

Le mois d’août 2007 touchait à sa fin, et avec lui un séjour d’un mois dans le pays de mes ancêtre, la Pologne, où j’avais pu effectuer un stage en recherche au milieu des paysages lacustres de la Mazurie. Mes parents me ramenaient au pays, profitant de l’occasion pour visiter la famille, et je trainais sur le parcours la nostalgie d’un été exceptionnel, fort d’expériences inoubliables, dans un pays loin d’où je vivais, mais proche de qui j’étais.

La chaleur sèche de la fin de l’été, et ses nuits au ciel dénué de tout nuage figeaient l’instant de cette jeunesse, l’insouciance dans le rétroviseur, l’inconnu devant soi. Le seul sentiment du présent était une mélancolie profonde, exacerbé par un amour mal placé, envers une femme dont l’inaccessibilité n’était que la simple expression de son inadéquation avec moi. 

Hébergé pour une nuit chez un cousin, nous n’avions comme loisir que d’écumer la liste de série et de films que mes sœurs avaient eu bon ton d’emporter avec elles. Tandis qu’elles lançaient un énième film que mon prétendue bon goût répugnait de visionner, alors que, idiot que j’étais, je n’avais pas compris que chaque instant avec elles valaient n’importe quel sacrifice sur l’autel de mon snobisme, je les quittais et pris d’un mouvement de solitude romantique, je passais la porte fenêtre et m’accoudait au balcon donnant sur la cour intérieur fermée de ce bloc du début du siècle. Microcosme d’où je pouvais observer depuis mon 3ème étage toutes ces fenêtres donnant sur autant d’univers. Et au-dessus, le ciel. Le même que celui en France. Et loin là-bas, elle. Elle qui m’ignorait depuis des mois, et dont je refusais alors de voir moi-même que c’était son ignorance qui était un signe. 

Je me sentis soudainement pris d’un élan de lucidité dont je me rappelle encore aujourd’hui la vive précision. Un mouvement du cœur et de l’âme qui me fit chavirer et s’inscrivit dès cet instant comme un rare moment à ne pas oublier. Je devais l’exprimer d’une manière ou d’une autre. Sous ce ciel partagé, et cette femme dans ma tête, je sortis mon téléphone et envoyai ce qui me sembla l’expression même de mon épiphanie. Non seulement dans le contenu, mais dans le fait d’avouer que là, à une demi-Europe de distance, je pensais à elle. Moi, seul sur ce balcon, entouré de ces lumières, bercé par une brise chaude, les narines emplie de cette odeur indescriptible et familière d’un pays qu’on visite depuis son enfance, je pensais à elle.

Je ne reçus jamais de réponse.

Quelques mois plus tard, après une suite d’autres messages sans réponse, je reçu enfin celui que j’attendais. La demande polie mais ferme d’arrêter de la contacter. Étrangement je la remerciais. 

Et ce fut tout.

Quelques déceptions amoureuses et années plus tard, printemps 2013. Je retourne en Pologne, 6 ans ont passées. Mon cousin me présente à sa belle-sœur. Et je la rencontre. La vraie. Celle qui justifie tout ce que j’ai traversé jusque-là. Tous les errements prenaient un sens.
Au détour d’une conversation sur mes précédents voyages en Pologne, je lui fais part de mon passage dans sa ville, ce soir d’été, où j’ai dormi chez sa sœur. Elle me dit alors se souvenir qu’elle avait entendu parler de moi, de ce cousin français qui était venu dans sa ville. Elle en a entendu parler un soir d’été. Un soir où lors d’une fête, l’hôte lui avait dit que son frère hébergeait sa famille française. Qu’il l’hébergeait en ce moment même dans son appartement. Celui d’en dessous.

J’aime à penser que ce soir d’août, alors que mon corps m’avait attiré dehors, que le silence s’était fait, et que je levais les yeux au ciel, j’aime à penser qu’en effet sous ce même ciel m’attendait quelque chose. Quelqu’un.

Juste à l’étage.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire